Séoul propose d’organiser les JO avec Pyongyang : le sport pourrait-il réunir les deux Corée ?

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Depuis plus de soixante-cinq ans, la Corée du Nord et la Corée du Sud demeurent divisées en deux États parfaitement distincts. Même si le conflit armé s’est achevé par l’armistice de 1953, la tension elle-même n’a jamais réellement disparu – de véritables gestes de rapprochement apparaissent rarement et, un peu, ils sont très relayés. Malgré cela, le sport vient parfois s’inviter comme une carte inattendue, capable de franchir ces barrières invisibles qui subsistent sur la péninsule, ne serait-ce que brièvement. Dernier exemple en date : l’organisation conjointe des JO 2032, laquelle réactive de vieux espoirs de détente régionale.

Séoul et Pyongyang prêtes à accueillir les JO 2032 ensemble

Aujourd’hui, Séoul affiche l’objectif d’organiser les Jeux olympiques de 2032 en collaboration directe avec Pyongyang. Peut-on sincèrement espérer que ce projet reposant sur la coopération bouleversera les choses entre les deux capitales ? Plusieurs observateurs restent sceptiques, tant les liens entre ces deux États demeurent complexes. Cela, cela ne progresse pas de façon rapide.

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Depuis déjà un certain temps, la Corée du Sud exprime clairement son envie d’accueillir les Jeux olympiques d’été de 2032. L’essentiel des compétitions aurait sans doute lieu à Séoul. Toutefois, la métropole souhaite associer la Corée du Nord à ce grand rendez-vous sportif, voyant dans cette synergie un levier de soft power et de notoriété internationale, ce qui semble un peu inattendu au regard du contexte régional.

Séoul pense donc déposer une candidature commune avec Pyongyang, dans l’idée que les deux capitales deviendraient hôtes de l’événement. Dans les échanges, il est aussi question de l’implication de Gangneung, déjà connue pour avoir accueilli plusieurs compétitions hivernales. Les représentants sud-coréens et nord-coréens se sont rencontrés à la fin de 2018, puis ont démarré des discussions avec le CIO début 2019. Tout n’est pas conclu, loin de là, néanmoins cette nouveauté aura suffi à réinstaller un canal de dialogue – parfois désigné par « ping-pong diplomatique » selon la presse locale – qui n’était plus présent depuis un certain temps.

Les objectifs de la candidature commune

La démarche portée simultanément par Séoul et Pyongyang vise surtout à promouvoir la paix et à montrer que la coopération, même timide, demeure faisable. Il s’agit aussi de consolider une identité nationale coréenne, cette notion abondamment évoquée lors des grandes manifestations sportives. Plusieurs hauts cadres sud-coréens, relevant entre autres du ministère des sports et du Comité olympique, soulignent que la candidature revêt une dimension symbolique : un drapeau, une médaille potentielle partagée entre proches voisins, le retour fugitif à une histoire commune. Pour un grand nombre, c’est principalement cet enjeu – celui du dialogue, de la confiance redécouverte – qui, au fil des discussions, prédomine sur le reste.

Retour sur les précédentes collaborations sportives

Pour estimer l’importance d’une telle candidature, revenir sur les collaborations passées entre les deux Corées aide à mesurer ce que symbolise un projet de cette dimension. Les Jeux olympiques d’hiver de 2018, par exemple, ont joué un rôle de déclencheur et de bannière : le défilé sous bannière commune a marqué les spectateurs, tout comme les hymnes hybrides alliant K-pop et musiques traditionnelles entendus pendant les cérémonies. Certains membres du YMCA Korea signalaient même l’intense émotion parmi les plus jeunes spectateurs, découvrant pour la première fois le drapeau unifié. Cependant, l’enthousiasme affiché en surface n’a pas dissipé les craintes du côté nord-coréen : il subsistait notamment des interrogations autour des questions d’accès et de partage logistique.

Les JO d’hiver 2018 : Un pas vers la paix

Pendant l’édition 2018 à Pyeongchang, c’est d’abord la première équipe olympique unifiée en hockey sur glace féminin qui a fait sensation. Cette sélection inédite, même passagère, a incarné le rêve d’une médaille commune et d’un drapeau partagé, ne serait-ce que quelques instants. De nombreux observateurs internationaux, journalistes ou diplomates, s’accordent à décrire cela comme un « tournant ». Et selon Hyung-Jin Kim, spécialiste sud-coréen du sport, ce type d’initiative laisse, à ce qu’il semble, dans les mentalités, une empreinte plus marquée qu’on le croirait au premier abord.

Défis et obstacles politiques

Même s’il subsiste ce potentiel d’accalmie, l’itinéraire vers une candidature commune pour les JO 2032 reste jalonné d’obstacles. Les enjeux politiques fragilisent chaque initiative. Du côté de la Corée du Nord, offrir des garanties sur le respect des normes antidopage s’ajoute aux préoccupations classiques – sécurité, contrôles, latitude des médias – et cela n’est évidemment pas considéré par tout un chacun comme sans importance. Certains cadres du Comité olympique nord-coréen, guère portés sur la coopération internationale, font traîner les échanges dès qu’il s’agit de rendre accessible leur sélection.

Implications diplomatiques et économiques

Partager la gestion d’une grande rencontre mondiale comme les JO provoque bien plus que la simple réorganisation d’agendas : les répercussions diplomatiques et économiques peuvent être fort importantes. Les investissements de départ sont élevés, parfois source de tensions internes. Cependant, du côté sud-coréen notamment, on insiste sur les bénéfices en matière de développement régional, d’infrastructures et de tourisme. Difficile d’oublier la frénésie ayant gagné Gangneung lors des compétitions en 2018 – quelques commerces locaux évoquent toujours cette période d’engouement. Sur le plan diplomatique, organiser ensemble les Jeux renforcerait l’image d’ouverture et pourrait agir comme déclencheur pour des discussions gelées jusqu’à présent. Il arrive, parfois, qu’un simple événement sportif – comme l’ont montré les Jeux paralympiques ou certains matches de ping-pong diplomatique – suffise à briser la glace.

Citations et perspectives des autorités

Quelques prises de parole laissent pressentir la portée d’un tel projet, même au-delà des sphères politiques :

L’organisation conjointe des JO 2032 pourrait constituer un symbole significatif de paix et de coopération entre nos deux pays. — Moon Jae-in, Président de la Corée du Sud

Il nous faut saisir cette occasion pour montrer au monde notre attachement à la paix par le sport. — Thomas Bach, Président du CIO

Ces interventions témoignent d’un élan partagé – et parfois nuancé – qu’il s’agisse d’acteurs institutionnels ou du monde sportif. Le ministère du sport sud-coréen, tout comme certains responsables du YMCA Korea, insiste sur la notion d’héritage : l’idée d’une médaille glanée ensemble, du drapeau hissé côté à côte, peut rester longtemps ancrée dans l’imaginaire collectif. D’ailleurs, cela paraît particulièrement vrai au Québec d’après quelques retours.

FAQ sur l’organisation des JO 2032 entre les deux Corées

Pourquoi Séoul et Pyongyang veulent-ils organiser les JO 2032 ensemble ? Il s’agit d’une occasion de mettre en avant la réconciliation entre les deux voisins mais aussi de célébrer l’identité nationale coréenne, illustrée par des marqueurs puissants (le drapeau commun, une éventuelle première médaille gagnée main dans la main) et la volonté de pousser la jeunesse vers de nouveaux horizons grâce au sport.

Quels sont les principaux défis de cette candidature commune ? Les enjeux politiques, la sécurité des événements, l’organisation des déplacements de spectateurs mais aussi les préoccupations antidopage et l’équité sportive demeurent au cœur des discussions, tant côté nord que sud.

Quels avantages économiques cette organisation pourrait-elle apporter ? En plus d’un effet de soft power régional, l’initiative servirait à dynamiser le tourisme, encourager l’investissement dans les infrastructures (comme à Gangneung), et unir les Coréens autour de symboles porteurs, tels que le drapeau, la K-pop en ouverture ou la quête d’une médaille convoitée dont on parlerait longtemps après la cérémonie.

Le CIO soutient-il cette initiative ? Oui, le Comité International Olympique a confirmé son appui, mettant en avant le caractère unique de la démarche pour encourager la coopération internationale, la paix, et même stimuler d’autres rapprochements régionaux, bien au-delà du seul domaine sportif.

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