La candidature commune de Séoul et Pyongyang pour les Jeux Olympiques de 2032 passionne autant qu’elle questionne. Pourquoi ce projet rassemble-t-il au-delà du sport ? Retour sur les faits, les enjeux diplomatiques et les défis très concrets d’une ambition qui pourrait changer l’image de la péninsule coréenne sur la scène mondiale.
Horizon 2032 pour les Corées Unies

La candidature des deux Corées pour accueillir ensemble les JO de 2032 incarne la volonté d’utiliser le sport comme levier de rapprochement. Annoncée lors du sommet intercoréen de 2018, officialisée par une lettre au Comité International Olympique en 2019, cette initiative témoigne d’une recherche de dialogue par le symbolisme sportif. Depuis la division en 1953, le sport représente, pour Séoul et Pyongyang, un terrain à part pour ouvrir la discussion là où la politique hésite.
La participation commune aux JO d’hiver 2018 à Pyeongchang avait déjà marqué une étape, en projetant sur la scène internationale une image d’unité – malgré des réalités politiques et économiques très éloignées. Mais l’idée de 2032 va plus loin : bâtir une coopération durable avec le soutien du CIO et l’appui de grands groupes coréens tels que Samsung ou Hyundai, tout en restant sous le regard des États-Unis, de la Chine ou de la Russie.
Les défis ne manquent pas : modernisation des infrastructures à Pyongyang, financements incertains, contexte géopolitique mouvant, et nécessité d’une coordination inédite entre deux modèles de gouvernance radicalement différents. Pourtant, le projet continue de séduire et suscite espoirs comme scepticisme.
Pyeongchang 2018 : le précédent fondateur
Les JO d’hiver 2018 à Pyeongchang restent dans les mémoires comme le point de départ d’une véritable détente par le sport. Les délégations du Nord et du Sud avaient défilé sous un drapeau commun, traduisant une première percée diplomatique après une période de fortes tensions. Kim Yo-jong, sœur de Kim Jong-un, était présente : ce geste avait ouvert des discussions plus formelles dans les mois suivants.
L’intervention déterminante du CIO – et en particulier de son président Thomas Bach – a permis de négocier la présence d’athlètes nord-coréens et la formation d’une équipe féminine de hockey sur glace commune. Cette équipe, symbole plus que favorite sportive, démontre comment le sport permet parfois aux deux États de construire un dialogue là où la diplomatie échoue.
Quelques mois plus tard, le sommet historique entre Kim Jong-un et Moon Jae-in a confirmé que ces ouvertures sportives contribuent à des rapprochements, tout en rappelant la fragilité persistante des avancées diplomatiques sur la péninsule.
Le sport face aux divisions coréennes
L’histoire récente regorge d’exemples où le sport a joué un rôle inattendu : équipes coréennes unifiées au tennis de table (Chiba, 1991) ou au football, ou encore la promotion du ssireum – lutte traditionnelle coréenne – au patrimoine de l’UNESCO en 2018, grâce à une démarche conjointe. Ces succès démontrent que, malgré les divisions, des voies de coopération restent possibles, avec le sport comme socle commun.
Des défilés conjoints aux JO de Sydney (2000), Athènes (2004) et Turin (2006) prolongent cette logique, même si le contexte géopolitique n’a jamais permis une fusion durable. Le rôle du CIO, acteur clé dans ce type d’initiatives, reste central pour garantir neutralité et encouragements aux tentatives d’apaisement.
Défis pratiques d’une organisation binationale

Organiser les JO 2032 sur deux territoires aussi différents est un pari logistique et politique redoutable. Séoul dispose d’infrastructures éprouvées, héritées des JO 1988, mais Pyongyang aurait besoin de travaux massifs. Les tensions internationales – en particulier les menaces liées au programme nucléaire du Nord – rendent la question de la sécurité épineuse. Une véritable sûreté lors de l’événement impliquerait probablement le soutien d’organismes internationaux tels que l’ONU.
- Infrastructures : modernisation nécessaire à Pyongyang, alors que Séoul est déjà prête.
- Contexte sécuritaire : relations tendues avec les voisins et grandes puissances régionales.
- Divergences politiques : gestion partagée complexe entre un Nord isolé et un Sud ouvert.
- Logistique : distance, circulation des personnes et gestion bilatérale à coordonner.
| Défis | Opportunités |
|---|---|
| Retard des infrastructures nord-coréennes | Modernisation et développement local du Nord |
| Climat géopolitique instable | Dialogue renforcé entre les acteurs régionaux |
| Modèles politiques incompatibles | Premiers échanges et outils de coopération |
| Complexité logistique entre deux pays éloignés | Nouvelle image d’unité sur la scène internationale |
Ce que peut changer une candidature commune
Au-delà de la symbolique, une candidature commune Séoul-Pyongyang ouvrirait aussi de très réelles perspectives : développement d’infrastructures au Nord, relance du tourisme à grande échelle, création de circuits inédits accessibles aux voyageurs entre deux systèmes d’ordinaire hermétiques. Le rayonnement international de la Corée du Sud, déjà solide, gagnerait sur le terrain diplomatique et économique.
L’image de la péninsule se transformerait, permettant peut-être de sortir durablement de l’association permanente entre tensions et menaces nucléaires. Pour les deux populations, c’est la possibilité d’une cohabitation pacifique, observée et saluée aux yeux du monde, qui s’accrocherait concrètement à l’avenir olympique. Cette dynamique aurait besoin du soutien fort du CIO et du secteur privé, avec des entreprises comme Samsung très impliquées dans la promotion et le financement.
Entre aspiration et réalité
Reste la question de la faisabilité. L’absence de réponse officielle du Nord depuis plusieurs années, et la concurrence d’autres candidats comme Brisbane, complexifient tout espoir à court terme. La transformation de cette ambition en projet réel dépendra de changements substantiels à Pyongyang, tant sur les plans économiques que politiques.
Pourtant, la seule évocation du projet agit déjà comme signal de rapprochement. L’expérience de Pyeongchang 2018 prouve que beaucoup de ce qui semblait impossible devient envisageable par la force de la volonté partagée. L’histoire jugera si la flamme olympique sera, à l’horizon 2032, le point de départ d’une ère nouvelle entre Corées, ou restera un symbole tenace d’espoir en attente de réalisation.
- Pour approfondir : consultez les analyses du Comité International Olympique (olympics.com) et des sites d’actualité sur la péninsule coréenne tels que France 24 ou RFI.
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Article rédigé par Sophie (Qualifications : Spécialiste des relations internationales, diplômée en études coréennes et contributrice régulière sur les enjeux Corée-France pour VisitKoreaYear.com).
Mise à jour : 2024-06
