Jeju Corée : coucher du soleil sur les roches volcaniques, randonneurs

Jeju, l’île volcanique de Corée du Sud qui se visite très bien sans voiture

Surnommée le « Hawaï coréen », l’île de Jeju se trouve à environ 100 km au sud des côtes de la péninsule, à 450 km de Séoul et 300 km de Busan. Ce petit territoire volcanique de Corée du Sud concentre des paysages qu’on ne retrouve nulle part ailleurs dans le pays : un volcan culminant à 1 950 m, un réseau de tunnels de lave classé à l’UNESCO, des plongeuses traditionnelles reconnues comme patrimoine immatériel, et des kilomètres de sentiers côtiers balisés. De quoi comprendre pourquoi tant de voyageurs cherchent à y consacrer une semaine de leur séjour en Corée.

Pourquoi Jeju occupe une place à part en Corée du Sud

Jeju s’est formée il y a environ 2 millions d’années sous l’effet d’une activité volcanique aujourd’hui éteinte, ce qui explique son relief si particulier : sol volcanique fertile, roches noires omniprésentes, cratères et grottes souterraines. L’île a longtemps existé comme un territoire à part, le royaume de Tamna, vassal successif de Baekje en 498, de Silla en 660 puis de Goryeo en 938, avant d’être formellement annexée en 1105. Cette histoire insulaire a façonné une identité distincte, avec un dialecte propre, le jeju, encore parlé par une partie des habitants les plus âgés.

Volcan Hallasan et son lac de cratère, point culminant de l'île de Jeju en Corée
Volcan Hallasan et son lac de cratère, point culminant de l’île de Jeju en Corée

L’île porte aussi la mémoire d’un épisode plus sombre : le soulèvement du 3 avril 1948, réprimé dans le sang, qui a coûté la vie à plusieurs milliers de personnes. Cet événement reste peu connu des visiteurs étrangers, mais il éclaire une partie du rapport que les habitants entretiennent avec leur île. Jeju a aussi inspiré la littérature coréenne, notamment à travers l’œuvre de romanciers comme Yi Chong-jun, qui a puisé dans l’imaginaire insulaire de la région.

Un patrimoine reconnu à l’international

Les paysages volcaniques et les tubes de lave de Jeju ont été inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2007. Neuf ans plus tard, en 2016, c’est la culture des Haenyeo qui a rejoint la liste du patrimoine culturel immatériel. Cette double reconnaissance distingue Jeju de la plupart des autres régions coréennes, où le tourisme repose davantage sur le patrimoine urbain ou historique que sur la nature elle-même.

Les symboles qui définissent l’identité de l’île

Les Dol hareubang, gardiens de pierre

Impossible de manquer les Dol hareubang, ces statues de pierre volcanique d’environ 3 mètres de haut qui ornent l’île depuis des siècles. Considérées comme des figures protectrices, elles se dressent traditionnellement à l’entrée des villages pour éloigner les mauvais esprits. On les retrouve aujourd’hui un peu partout, des sites touristiques aux ronds-points, devenues un motif visuel presque aussi identifiable que le volcan lui-même.

Haenyeo, plongeuse traditionnelle emblématique de l'île de Jeju en Corée
Haenyeo, plongeuse traditionnelle emblématique de l’île de Jeju en Corée

Les Haenyeo, plongeuses en voie de disparition

Les Haenyeo, littéralement les « filles de la mer », sont des plongeuses traditionnelles qui récoltent ormeaux, oursins et algues en apnée, sans bouteille, retenant leur respiration plus de deux minutes à chaque descente. Elles étaient plus de 30 000 dans les années 1950 ; elles sont aujourd’hui moins de 5 000, la plupart âgées de plus de 60 ans, les nouvelles générations se tournant vers des métiers moins physiquement éprouvants. On peut assister à leurs démonstrations de plongée dans plusieurs villages côtiers ou approfondir le sujet au Jeju Haenyeo Museum, qui retrace l’histoire de cette économie portée par les femmes.

Ce système économique porté par les femmes n’a pas d’équivalent direct ailleurs en Asie, et il mérite qu’on s’y attarde plutôt que de le survoler en une photo de plage. Un parallèle utile pour se représenter leur rythme de travail : pensez au mouvement d’un soufflet de forge, cette respiration ample et répétée qui emmagasine l’air avant de le relâcher d’un coup. C’est la mécanique que les Haenyeo répètent des dizaines de fois par sortie, une inspiration profonde suivie d’une plongée courte et intense, avant de remonter reprendre leur souffle en surface. Comprendre ce geste change la façon dont on regarde leurs démonstrations : ce n’est pas un folklore figé, mais une technique respiratoire affinée sur des générations, aujourd’hui menacée de disparaître avec les dernières praticiennes.

Que voir et que faire sur l’île

Gravir le Hallasan, plus haut sommet de Corée du Sud

Le Hallasan culmine à 1 950 m et abrite à son sommet le Baengnokdam, un lac de cratère de 400 m de diamètre formé il y a plus de 25 000 ans. Le volcan est resté inactif depuis environ 800 ans. Le parc national propose 5 itinéraires officiels, de 6 km (2h30 à 3h) à 10 km (4h à 4h30), avec des horaires de redescente stricts imposés pour des raisons de sécurité : mieux vaut partir tôt et vérifier les horaires en vigueur avant de s’engager.

Cratère de Seongsan Ilchulbong au lever du soleil, site emblématique de Jeju en Corée
Cratère de Seongsan Ilchulbong au lever du soleil, site emblématique de Jeju en Corée

Seongsan Ilchulbong, le cratère du lever de soleil

Ce cône volcanique de 182 m, formé il y a environ 5 000 ans, doit sa notoriété à son sommet accessible qui offre l’un des levers de soleil les plus photographiés de Corée. La montée reste courte mais bien réelle, et l’affluence peut être dense aux heures de lever du jour en haute saison.

Les tunnels de lave de Manjanggul

Jeju compte un réseau de 59 tunnels de lave répartis sur 42 km, dont 8 dépassent 3 km de longueur. Le plus connu, Manjanggul, s’étend sur 7,4 km, formé il y a 200 000 à 300 000 ans, dont environ 1 km est ouvert au public. On y trouve la plus grande colonne de lave connue au monde, haute de 7,6 m. La température intérieure avoisine les 11 °C toute l’année, un contraste appréciable en plein été.

Les sentiers Olle et les cascades

Le réseau des sentiers Jeju Olle compte 21 chemins principaux et 5 additionnels, soit près de 400 km balisés le long des côtes et des terres intérieures, pour des parcours allant d’une heure à une journée complète. Les cascades de Cheonjiyeon, accessibles pour 2 000 wons et ouvertes de 9h à 22h, complètent utilement un itinéraire de randonnée en offrant une pause plus contemplative entre deux étapes plus sportives.

Organiser concrètement son séjour

Comment se rendre à Jeju

L’aéroport de Jeju est desservi par 23 vols directs, dont 13 lignes domestiques et 10 internationales. Depuis Séoul-Gimpo, les vols décollent toutes les 15 minutes environ pour un trajet d’à peine une heure, avec des tarifs souvent inférieurs à 50 € en réservant à l’avance sur des compagnies comme Korean Air, Jeju Air, Jin Air, Air Seoul ou Air Busan. Depuis Busan, comptez plutôt autour de 80 € en ligne. Six routes maritimes directes existent également, avec des traversées allant de 3 à 13 heures selon le point de départ, une option à envisager en cas de doute météo pouvant affecter les vols.

Se déplacer sans voiture

Contrairement à une idée reçue, il n’est pas nécessaire de louer un véhicule pour découvrir Jeju. Le réseau de bus express, avec des trajets comme le bus 181 à 3 000 wons, permet de rallier l’essentiel des sites majeurs. Une carte T-money rechargeable simplifie les trajets au quotidien. Pour les voyageurs qui préfèrent la liberté d’un véhicule, la location démarre autour de 35 € par jour.

Où dormir : Jeju-si ou Seogwipo

Deux zones structurent l’hébergement sur l’île. Jeju-si, au nord, concentre l’aéroport et une offre urbaine pratique pour une première nuit ou un accès rapide aux transports. Seogwipo, au sud, se prête davantage à un séjour tourné vers la nature, les cascades et la côte. Les guesthouses démarrent autour de 15 à 30 € la nuit, les pensions et boutique-hôtels se situent entre 60 et 120 €, tandis que les resorts haut de gamme dépassent 150 €. À titre d’exemple, le Jeju R Hotel affiche des tarifs autour de 30 €, contre 45 à 60 € pour le Shin Shin Hotel Seogwipo.

Quand partir et comment répartir son budget

Climat et meilleure période

Jeju bénéficie d’un climat tempéré doux : les minimales hivernales restent généralement positives en bord de mer, tandis que l’été affiche une moyenne de 26 °C avec des pointes à 33 °C. L’eau de mer avoisine encore 24 °C en automne, une saison souvent recommandée pour combiner douceur climatique et affluence plus raisonnable. Juillet et août restent à éviter pour qui cherche à échapper à la fois à la chaleur, à la foule et au risque de typhons qui touche régulièrement l’île en fin d’été.

Localisation du parc national du Hallasan sur l’île de Jeju

Budget pour une semaine sur l’île

Un séjour d’une semaine à Jeju sans voiture reste tout à fait accessible : vol depuis Séoul autour de 50 €, hébergement en guesthouse ou pension entre 15 et 120 € la nuit selon le standing, transports en bus à quelques milliers de wons par trajet, et entrées de sites généralement modiques, comme les 2 000 wons pour les cascades de Cheonjiyeon. Pour les voyageurs souhaitant déléguer l’organisation à une agence spécialisée, des circuits existent également, avec des formules de 10 à 20 jours dont les tarifs démarrent généralement au-delà de 2 500 €, formalités et accompagnement compris.

Gastronomie locale à ne pas manquer

Le porc noir de Jeju, appelé heuk dwaeji, figure parmi les spécialités les plus recherchées de l’île, élevé localement et servi grillé dans de nombreux restaurants de Jeju-si comme de Seogwipo. Les mandarines de Jeju, cultivées grâce au sol volcanique fertile, sont un autre produit phare qu’on retrouve sur les étals du Dongmun Public Market, marché couvert incontournable pour goûter aux produits locaux et aux spécialités de la mer préparées sur place.

Défiler vers le haut